Les empreintes profondes de la violence
Petit, j’ai eu la chance de vivre en pleine nature. J’adorais ça : m’abaisser sous les fils barbelés pour parcourir les prairies, faire des barrages dans les ruisseaux, arpenter le bois. Il n’était pas rare de croiser des chevreuils, des sangliers. La terre était pleine de vie, vibrante. Nous étions des gamins, tout aussi vibrants, nous nourrissant de l’air pur, du soleil et de la liberté.
La Forêt, pour nous enfants, c’était un monde immense, plein de recoins, de territoires inexplorés, de secrets cachés et parfois même de dangers. C’était vivant. Les arbres se mêlaient aux pierres, les lièvres s’enfuyaient sous nos pas, mille et une plantes couraient le long des racines, sur les pentes, au bord des sources.
Un jour, dans la forêt, des travaux forestiers et de débardage ont eu lieu, et tout a été saccagé. Ma belle forêt est devenue un bourbier, avec des ornières profondes. Il n’y avait plus que de la boue. Les arbres avaient été coupés, et pour les retirer, des machines puissantes avaient tout tracté, arrachant tout sur leur passage. Le sol était marqué de traces profondes, laissant un espace meurtri. Tout l’écosystème avait été impacté.
Je fus choqué. Ces bois vivants, vibrants, cette atmosphère paisible, laissaient place à un saccage. Il n’y avait pas d’autre mot. L’impact émotionnel de cette découverte fut aussi profond que les ornières laissées par les machines. Peut-être fut-ce l’une des premières fois où j’ai été profondément choqué par la violence de l’homme.
Cette violence qui ne fait pas attention à l’autre, qui prend, arrache pour produire, gagner du temps, de l’argent, toujours plus vite, toujours plus…

Syndrome de stress post-traumatique : Les symptômes qui perturbent notre quotidien
Anxiété, cauchemars, troubles du sommeil, réactivité excessive, instabilité émotionnelle, sentiment de déconnexion, angoisses, phobies… Autant de troubles qui amènent à consulter et qui peuvent cacher un syndrome de stress post-traumatique. Une vie d’humain n’est jamais facile, je crois, particulièrement lorsque ces symptômes envahissent le quotidien. L’expérience humaine n’est pas un long fleuve tranquille, paraît-il, et notre parcours personnel se façonne à travers des moments d’intensité variable. Le vécu de chacun est marqué par des expériences émotionnelles fortes qui impriment leur influence sur notre façon de percevoir et de réagir au monde. Certaines expériences vont cependant s’ancrer plus profondément, telles les ornières laissées par les machines dans la forêt, creusant dans notre psyché des sillons durables. Des séquelles qui perturbent profondément notre physiologie et notre relation au monde. C’est précisément ce que nous définissons comme une expérience traumatique, un psychotrauma – cette blessure invisible qui transforme notre rapport à nous-mêmes et aux autres.

Psychotrauma : définition

Le psychotrauma, ou traumatisme psychique, est une blessure psychologique profonde causée par un événement ou une série d’événements qui dépassent les capacités d’adaptation et d’intégration émotionnelle d’une personne. Contrairement aux expériences difficiles ordinaires que nous parvenons à assimiler, le psychotrauma submerge nos mécanismes de défense habituels.
Un psychotrauma se caractérise par :
- Une réaction de détresse intense face à un événement perçu comme menaçant pour l’intégrité physique ou psychique
- L‘incapacité du cerveau à traiter et intégrer normalement cette expérience dans la mémoire autobiographique
- Un stockage dysfonctionnel de l’expérience dans la mémoire émotionnelle et sensorielle plutôt que narrative
- Des perturbations durables dans le fonctionnement du système nerveux autonome
Ce qui rend une expérience traumatique n’est pas seulement sa nature objective, mais aussi la perception subjective de la personne, ses ressources disponibles au moment de l’événement, et le contexte (notamment l’absence de soutien social). Un même événement peut être traumatique pour une personne et pas pour une autre.
Le psychotrauma peut résulter d’événements uniques et intenses (accident, agression) ou d’expériences répétées et chroniques (maltraitance infantile, violence domestique). Dans les cas graves, il peut évoluer vers un syndrome de stress post-traumatique (TSPT) complet, caractérisé par la triade symptomatique : reviviscences, évitement et hyperactivation.
Sur le plan neurobiologique, le psychotrauma modifie le fonctionnement de plusieurs structures cérébrales impliquées dans la régulation émotionnelle et la réponse au stress, notamment l’amygdale, l’hippocampe et le cortex préfrontal.


Peut-on guérir d'un psychotrauma ?
Tout dépend de ce qu’on entend par « guérir ». Si l’on parle de revenir totalement à un état antérieur à l’événement traumatique, comme si rien ne s’était passé, alors non. Ce qui a été vécu reste inscrit dans notre histoire. Mais peut-on apaiser les séquelles du syndrome de stress post-traumatique, retrouver un équilibre plus stable et accéder à une paix intérieure ? Oui, absolument.
La guérison émotionnelle peut même nous permettre de transformer ces événements en forces. La vie fonctionne ainsi : elle s’adapte et tire sa puissance des contraintes qu’elle rencontre. C’est un chemin, parfois celui d’une vie entière.
Je reçois des personnes qui ont déjà traversé une grande partie de leur existence et qui consultent pour des troubles anxieux, des phobies, un mal-être profond ou des troubles du comportement alimentaire… Nous découvrons souvent que l’origine de ces symptômes se trouve dans leur passé, dans des événements vécus, souvent durant l’enfance, qui ont laissé des traces profondes dans leur équilibre psychique et corporel.
Ces personnes se sentent fréquemment inférieures à « la normale » (encore faudrait-il définir ce qu’est la normale) ou même coupables des symptômes qu’elles ressentent. Mais ce que j’observe avant tout chez elles, c’est une immense capacité de résilience, déjà en place. Malgré tout ce qu’elles ont traversé – et parfois c’est particulièrement éprouvant – elles sont là. Elles ont construit leur vie, se sont insérées dans la société, ont un travail, des enfants. Et plus encore, elles ont le courage de demander de l’aide, de partager leur vécu et d’entamer un processus thérapeutique pour traiter le trauma plus en profondeur.
Découvrons maintenant ensemble les multiples visages du trauma psychique et les approches thérapeutiques qui, de l’hypnose à la thérapie polyvagale, offrent de véritables chemins vers la libération émotionnelle.

Le psychotrauma et le TSPT : histoire, reconnaissance scientifique et manifestations du stress post-traumatique
Ce n’est qu’au cours des années 1980 que le psychotrauma a été officiellement intégré au DSM (Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux). Cette reconnaissance reste relativement récente dans le domaine des sciences médicales, et ce n’est que ces dernières décennies que nous avons commencé à mieux comprendre le syndrome de stress post-traumatique (SSPT) et les méthodes efficaces pour le traiter.
Ce sont principalement les guerres qui ont révélé ces dysfonctionnements neurobiologiques causés par des événements d’une telle atrocité qu’ils impactent durablement notre système nerveux, nos émotions, nos mécanismes de vigilance, et finalement, toute notre physiologie et psychologie. La guerre du Vietnam, bien que des observations aient déjà été faites après les deux guerres mondiales, a joué un rôle clé dans l’établissement d’un diagnostic précis pour ces troubles.
Les symptômes du psychotrauma se manifestent de diverses façons : dissociation, hyperréactivité émotionnelle, crises de panique, flashbacks intrusifs, phobies spécifiques, et bien d’autres dérèglements dont l’intensité varie selon les individus et leur histoire. Cette diversité de symptômes explique pourquoi la thérapie du trauma nécessite aujourd’hui une approche holistique et personnalisée.
Comprendre les différentes formes de psychotrauma
Lorsque nous évoquons le trauma psychique, nous avons souvent l’image d’un événement catastrophique unique, comme un accident grave ou une agression. Pourtant, le psychotrauma se manifeste sous des formes bien plus variées et parfois subtiles. Certains traumas peuvent passer quasiment inaperçus pendant des années tout en influençant profondément notre vie quotidienne, nos relations et notre rapport au monde.
Au fil de mes apprentissages et de ma pratique, j’ai pu apprendre et observer comment ces différentes formes de trauma façonnent le fonctionnement psychique et corporel de personnes choquées.
Chaque type de trauma laisse une empreinte unique sur le système nerveux et exige une approche thérapeutique adaptée. Pour mieux comprendre ce phénomène complexe, explorons ensemble les principales formes de psychotrauma, des plus évidentes aux plus discrètes.
1. Trauma simple (Type I)
Le trauma simple résulte d’un événement unique et isolé, tel qu’un accident ou une agression. Ce type de traumatisme est généralement ponctuel, avec un impact important mais souvent temporaire. La guérison est généralement rapide, mais elle dépend de l’intensité de l’événement et de la résilience de l’individu.


2. Trauma complexe (Type II)
Le trauma complexe provient d’événements répétitifs et prolongés, comme la maltraitance infantile ou la violence domestique. Lorsqu’il survient durant l’enfance, il dysrégule le développement naturel de l’individu, créant des carences émotionnelles et psychologiques. Les traumatismes complexes nécessitent souvent un suivi approfondi avec des professionnels de santé mentale et une approche pluridisciplinaire pour favoriser une guérison efficace.
3. Trauma vicariant ou par procuration
Le trauma vicariant se produit lorsque l’on est affecté par les récits d’événements traumatiques vécus par d’autres, comme les policiers, pompiers, ou soldats rapportant des atrocités vécues sur le terrain à leurs proches. Cela peut également concerner les téléspectateurs qui, en suivant en boucle les informations sur des événements tragiques, sont indirectement affectés par le stress et la souffrance associés. Cela me fait réfléchir sur les chaines d’information continue,….


4.Traumatismes transgénérationnels
Les traumatismes transgénérationnels se transmettent d’une génération à l’autre. Ainsi, nous pouvons porter les traces de stress post-traumatique (TSPT) causés par les traumatismes vécus par nos ancêtres. Cette transmission s’opère par des vecteurs sociaux et culturels (récits familiaux, comportements appris), émotionnels (styles d’attachement), mais aussi biologiques via des modifications épigénétiques récemment découvertes. Par exemple, des études ont montré que les descendants de survivants de l’Holocauste présentent souvent une sensibilité particulière au stress.
5. Troubles dérivés de traumatismes invisibles
Les troubles comme l’anxiété, la culpabilité ou la honte peuvent être liés à des événements répétés dans l’enfance, tels que des brimades ou des moqueries par des figures d’attachement (parents, éducateurs). Ces événements créent des troubles émotionnels qui, bien que ne présentant pas l’intensité d’un TSPT, peuvent freiner un développement harmonieux de l’identité.


Réactions neurobiologiques aux traumas deux grandes tendances
Face au trauma psychique, notre système nerveux adopte généralement l’une de ces deux grandes tendances :
- Hyperactivité : Insomnie, stress constant, hypervigilance, activité excessive pour éviter l’angoisse. Le système nerveux reste perpétuellement en état d’alerte.
- Hypoactivité : Blocage émotionnel, procrastination, inhibition, repli sur soi et isolement. C’est une forme de gel ou d’effondrement du système nerveux face à la menace perçue.
Ces deux réactions peuvent alterner chez une même personne, compliquant parfois le diagnostic et nécessitant une approche thérapeutique adaptée.
Nous ne sommes pas égaux face aux traumas
L’événement en lui-même n’est pas un traumatisme ; il est potentiellement traumatisant. Un même événement peut être traumatique pour certaines personnes et non pour d’autres.
C’est la manière dont nous réagissons qui détermine si nous sommes traumatisés ou non. Quand je parle de notre manière de réagir, cela n’est pas conscient, bien entendu. Il s’agit d’un ensemble de facteurs qui influence notre psyché et détermine la capacité de celle-ci à supporter le choc d’un événement traumatique.
D’après les études modernes, plusieurs facteurs influencent notre capacité à faire face à des événements violents et potentiellement traumatisants.
- Facteurs biologiques : Certaines personnes possèdent naturellement une résilience neurobiologique plus importante. Notre système nerveux, en partie déterminé génétiquement, peut être plus ou moins réactif au stress.
- Histoire personnelle : Nos expériences précoces, particulièrement celles liées à l’attachement, créent un « modèle interne » qui influence notre capacité à gérer les événements traumatiques ultérieurs. Un attachement sécure dans l’enfance constitue souvent un facteur de protection.
- Contexte du trauma : Un même événement peut être traumatisant pour une personne et pas pour une autre, selon le contexte et le sens que l’on lui attribue. La perception du contrôle pendant l’événement joue un rôle crucial.
- Soutien social : La présence ou l’absence d’un réseau de soutien après l’événement traumatique a un impact considérable sur le processus de guérison.
- Ressources psychiques : Nos mécanismes de défense, notre sentiment d’auto-efficacité et notre capacité à mentaliser varient d’une personne à l’autre et influencent notre réponse face au traumatisme.
- Traumas antérieurs : L’accumulation de traumatismes peut fragiliser certaines personnes (effet cumulatif) ou, paradoxalement, renforcer d’autres qui ont développé des mécanismes d’adaptation efficaces.
- Moment de vie : Un même événement peut avoir un impact différent selon qu’il survient pendant l’enfance, l’adolescence ou l’âge adulte.
Tout comme nous sommes uniques dans notre manière de vivre et d’intégrer un événement traumatisant, le chemin vers la résilience est également unique et personnel. C’est pourquoi, dans les troubles du stress post-traumatique aigu, le choix des accompagnants devient essentiel.
Soigner le trauma : des approches adaptées pour chaque chemin de guérison
Nous comprenons de mieux en mieux ce qu’est un psychotraumatisme et comment il fonctionne. Nous saisissons comment il impacte nos mécanismes psychiques et physiologiques, et par conséquent, nous développons des approches plus efficaces pour le soigner.
Selon l’intensité du trauma et la manière dont nous nous sommes construits avec ces chocs sur notre système nerveux, le processus de guérison peut prendre plus ou moins de temps. C’est un chemin d’apaisement, de désensibilisation et parfois de reconstruction – un véritable pèlerinage intérieur.
Je vais vous proposer dans le prochain article quelques approches thérapeutiques qui permettent d’apaiser, de mieux vivre, voire de transformer nos traumatismes en forces. Chacune de ces méthodes offre une porte d’entrée différente vers la régulation émotionnelle et la libération du corps et de l’esprit.

A propos de moi.

Je suis Sébastien Lanotte, hypnothérapeute et gemmologue, passionné par la vie et avide de découvertes. Depuis des décennies, j’explore et j’apprends chaque jour, mêlant psychologie et énergétique, tradition et science, corps et esprit. J’aime créer des ponts entre ces mondes pour mieux comprendre l’humain et ses transformations.
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Séances d’hypnose moderne, sur rendez-vous à mon cabinet, Étival-Clairefontaine, près de Saint-Dié-des-Vosges, ou en visioconférence
Ce blog est un espace d’exploration et de transmission, où je partage des réflexions, des outils et des perspectives pour mieux se comprendre et évoluer vers plus d’harmonie et de paix intérieure.
Chaque article est le fruit de mon propre cheminement, mêlant mon expérience d’accompagnant, ma quête en tant qu’humain dans ce 21ᵉ siècle, et l’appui de l’intelligence artificielle comme un partenaire créatif. L’IA m’aide à structurer, approfondir et affiner mes idées, mais chaque mot ici est pensé, ressenti et écrit avec mon intention.
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